Démarche artistique de Pibo

Entrevue sur la demarche artistique de Pibo

Que je vous dise d'emblée que je n'étais pas tout à fait prévu pour séjourner sur Terre... Pas plus que je n'aurais imaginé devoir chevaucher cette époque. Mais curieusement, me voici, né avec un « Crayola » entre les doigts.

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Peut-être cela explique-t-il pourquoi je me suis laissé envoûter par ce bouillon de rêves et d'espoir de cette tranquille révolution des années 1960. Comment résister à cet exaltant mouvement de libération identitaire, jumelé à cet éclatement artistique? Comment assouvir cette soif de créer qui me tenaille? Du puéril Crayola au « gossage » du bois, de la photographie à la maroquinerie, en passant par la céramique, la peinture...

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J'émerge. Je nais.

Alors indéniablement, ma démarche d'artiste puise à l'environnement culturel du Québec des années 1970. Serait-ce l'appétit pour extraire ou façonner la forme ? La recherche de la sensualité des textures livrées par la matière? Ou encore l'engouement de l'ombre et de ses lumières aux couleurs ésotériques qui m'obsèdent et m'inspirent? Au fil de cette décennie, je m'aventure et découvre mille facettes de l'univers de la création.

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Curieusement, j'ai l'impression d'un déjà vu.

Au tournant des années 1980, je tente d'apaiser mon insatiable curiosité en partageant mon expérience avec des peintres, sculpteurs, photographes, céramistes et autres créateurs français. Cette incursion dans l'art actuel de l'Ancien Monde amorce une intense période de production.


Enseignant aux ateliers Imagine de Québec entre 1985 et 1988, je poursuis mes investigations, intègre et consolide diverses techniques de construction et de composition, tout en mixant peinture et divers matériaux. Mes œuvres murales s'imprègnent des tendances modernes, voire contemporaines, les thèmes sont moins figuratifs, laissant transparaître de plus en plus l'abstraction généré par l'émotion, l'impression, le senti.

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Que dire des années 1990 où l'arrivée de mes fils a pleinement imprégné ma vie. Ces anges avaient-ils prévu séjourner sur Terre à ce moment précis ? Je ne sais. Néanmoins, ils auront subtilement irrémédiablement meublé et enrichi mon imaginaire de créateur et ce, pour le reste de mon aventure terrestre.

Les techniques sculpturales me retrouvent en ces années 2000. La troisième dimension occupe à nouveau mon espace. Béton, acier, bois, aluminium et polymères gravitent maintenant autour de mes sens et fondent l'essentiel de mes œuvres tant murales que spatiales.

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Le temps fait ce qu'il faut. Le photographe n’est plus photographe, l'artisan n'est plus artisan, le peintre n'est plus peintre et le sculpteur n'est plus sculpteur...

Que faire alors sur Terre ?

Surprendre la forme, façonner la texture, animer les couleurs, guider la ligne, signifier l'insignifiant, mesurer l'infini, suspendre l'improbable, engloutir le néant. Réveiller les rêves, éclater les sens, instaurer le doute...

Autrement.

Façonner la forme, animer la texture, guider les couleurs, aviver la ligne, mesurer l'insignifiant, suspendre l'infini, engloutir l'improbable. Rêver le néant, éclater les rêves, instaurer les sens...

Sans doute.

Surprendre la texture, façonner les couleurs, animer la ligne, guider la matière, aviver l'insignifiant, signifier l'infini, mesurer l'improbable, suspendre le néant. Engloutir les rêves, réveiller les sens, éclater le doute...

Mais encore.

Instaurer l'infini, suspendre la ligne, engloutir la matière, façonner l'improbable, aviver le néant, mesurer les rêves, signifier le doute, réveiller la forme. Éclater la texture, animer l'improbable, guider les couleurs, surprendre la matière...

Relier la matière à la vie...

Indiquer un sens ?

Pibo dans son atelier.

Sentiers hasardeux que de témoigner des ambiguïtés et de l'incertitude de l'homosensis. Extrême modernité ou simple banalité que de prétendre que la beauté dans l'art n'est peut-être pas le seul gage d'authenticité...

Décontenancer. Les thèmes que j'aborde relèvent à la fois de la réalité et de l'imaginaire. C'est l'essence du senti qui domine. Parfois sommaire ou sous formes d'entrelacements complexes, le traitement dirige l'observateur vers un univers plutôt abstrait, si peu figuratif. Les matériaux façonnés se découvrent avec patience en prenant des tangentes peu conventionnelles. Ils se fusionnent et s'organisent avec des angles de vue plus souvent qu'autrement distordus, décentrés, voire déséquilibrés. Enclins à s'extraire du cadre, bosselées et texturées, les matières portent souvent les cicatrices de leur transformation.

Représentations d'une humanité perçue à l'échelle presque macroscopique, les textures ainsi que les couleurs amplifient l'effet plastique de la matière, accentuent l'émotion que je ressens face au sujet abordé.

L'oeuvre ne cherche pas à plaire. Je pose simplement un regard inhabituel sur la réalité du monde. L'envers des décors et les coulisses de la vie demeurent autant de sources d'inspiration que le sujet en lui-même. Il n'en faut pas plus pour que la matière se transforme en illusions et qu'elle devienne, avec toute la prétention qu'un voyeur peut soupçonner, le prétexte d'un énoncé figuré ou même d'une vue bien partielle de ma philosophie de vie.

Signature de Pibo.