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Pibo présente De frasques en fresques
Texte détaillé du projet de résidence en art visuel



De frasques en fresques () trace un portrait des enjeux auxquels font face diverses communautés. En s’imprégnant des valeurs et des moeurs de la communauté d’accueil, l’auteur transpose ses perceptions du moment dans une oeuvre associant les techniques de l’art mural propre à Pibo et les technologies du multimédia. Les deux réalisations s’étendent sur plusieurs semaines en formule privilégiée d’atelier-résidence. Ci-dessous, Édito expose la mise en contexte, le sens, la direction du projet. Les sections Descripto et logistico précisent le contexte, la manière, ainsi que la finalité. Finalement, Pibasso présente quelques réalisations de Pibo qui ont mené au concept De frasques en fresques.


Édito


Des grottes de Lascaux au mont Kakadu, en passant par Knossos, Bhimbetka ; sur tous les continents et à toutes les époques, les peintures murales, les fresques et les graffitis constituent de précieux témoins du quotidien de l’humanité et de l’environnement des sociétés qui les ont créés.



En contemplant ces mains avides dans la Cueva de las Manos ou ces énigmatiques profils des Dames de Tassili, l’observateur d’aujourd’hui découvre plus qu’un sens mythique ou religieux à ces représentations : dans sa soif de comprendre et de signifier, le scrutateur s’infiltre et se projette, souvent malgré lui, vers son propre passé. Il tente de coller un sens au message qu’il voit ; il imagine l’histoire de ces communautés et des individus qui ont habité ou qui sont passés par ces lieux.



Après la préhistoire balbutiante de l’art pariétal, l’art mural poursuit son chemin dans le sillage éveillé des siècles de l’Antiquité, du bouddhisme et de la chrétienté : la fresque affirme davantage son rôle stratégique et son utilité sociale. On le constate à la lecture des scénographies des temples égyptiens et chinois, ou dans l’intégration de l’image figurative à la décoration architecturale des villas romaines.



La fresque s’intègre graduellement à la diversité des ornements, figures et autres éléments décoratifs des palais et des temples de l’époque byzantine et médiévale. Au fil du temps, elle s’insère de plus en plus dans le quotidien et adhère non seulement aux perceptions d’initiés mais aussi aux valeurs de la société qui l’a vu naître. À son contact, l’observateur devient témoin de l’époque sentie et figurée par le créateur et le maître d’oeuvre.



En réalisant ces oeuvres, les créateurs ont posé un geste politique et engagé. Politique par le fait que l’image créée est visible, disponible au public et inamovible. Engagé du fait de l’expression de la vision de l’auteur, de la perception de son présent, de son quotidien et de son état d’âme. L’oeuvre décrit, dit et raconte ce que le créateur a possiblement vu ou imaginé mais surtout ce qu’il a ressenti. L’art mural est donc une forme d’éditorial, une opinion émise sur un thème donné ou encore une vision du passé.

Les fresques théâtrales de la Renaissance en sont des exemples ; on le constate aussi dans leur intégration architecturale en trompe-l’oeil de l’époque Classique, ou encore sur les pochoirs muraux des salons de thé du XIXe siècle. Toutes ces représentations sont autant d’expressions visant à « étaler » publiquement des messages, à exposer les credo et revendications des habitants de l’époque ou des passants en ces lieux.



L’apparition de matériaux de synthèse au siècle dernier et les technologies d’après-guerre ont bousculé la conception et les méthodes de réalisation des murales ; les techniques, les styles et les langages ont une fois de plus cheminé. Or, comme leurs ancêtres, les fresques modernes clament toujours leur action engagée, politique et sociale.

Elles s’affichent toujours dans les lieux publics et maintenant à travers l’urbanité : murs de béton, piliers des viaducs, clôtures, wagons de chemins de fer… En fait, on les retrouve encore où s’assemble l’humanité, là où elles peuvent et doivent être vues.



Qu’il ait une destination architecturale, artistique, identitaire ou contestataire comme le sont aussi les graffiti, l’art mural constitue toujours le témoignage d’une société contemporaine, exactement comme les aurochs de Lascaux d’il y a 16 000 ans et les ébats divins de la chapelle Sixtine du XVIe siècle.


Descripto


Avec l’arrivée des nouvelles technologies, et plus particulièrement du numérique et de l’écran plat, l’art pictural est entré inexorablement dans l’univers virtuel. Nombreux déjà sont les artistes, surtout de la génération JV (jeux virtuels), qui plongent dans l’aventure de l’imagerie codée, via l’animation en 2D ou 3D, ou encore la pixellisation sur table graphique, la photo-modélisation, le dessin vectoriel et autres technologies sans limites.

De frasques en fresques () tentera de démontrer comment l’art mural contemporain, héritier de la fresque, peut côtoyer l’univers des pixels tout en conservant sa mission traditionnelle, soit celle de témoigner de la réalité sociale perçue par le créateur posant un geste politique et engagé socialement.

Pour y parvenir, Pibo propose de réaliser simultanément une murale combinant réalité et virtualité. La thématique de l’oeuvre sera élaborée et développée à partir de consultations et de témoignages avec la communauté locale afin de tenir compte des enjeux et des réalités du milieu d’accueil. La dimension ainsi que les matériaux utilisés pour la réalisation de l’oeuvre seront déterminés en fonction de l’espace, des structures et des ressources disponibles sur place.


Synthésio


De frasques en fresques est plus qu’une démarche artistique individuelle. Cette recherche en création tente de démontrer que l’art mural contemporain né de la fresque est une forme d’expression artistique spécifique de l’art visuel et que cette forme d’expression demeure un outil privilégié pour exprimer un geste politique et engagé du créateur envers la communauté qu’il côtoie.



Pibo
Janvier 2013
Source principale des images : Wikipédia.org


Pibasso


Quelques réalisations de Pibo qui ont mené au concept De frasques en fresques


Bélian
Sculpture monumentale, Frampton (Beauce), août 2005

Bélian
Cette œuvre démontre le caractère similaire et indissociable d’une communauté agricole et de la nature environnante. Monté à partir de résidus de bois provenant d’un vieux bâtiment agricole et d’articles aratoires découverts dans les champs avoisinants, Bélian représente cette force tranquille et irrésistible de la nature vivante : celle de vouloir prendre racine et de grandir, comme la communauté occupante qui, à force de persévérance, a su s’enraciner et transformer ce terroir à son profit.


Je suis écoeuré de mourir… Et alors?
Fresque murale, Québec, mai 2007

Bélian
En 1968, dans la foulée du mouvement indépendantiste du Québec, le sculpteur Jordi Bonet et son ami poète Claude Péloquin clamaient à la face des québécois : «Vous n’êtes pas écoeurés de mourir, bandes de caves !». Quarante ans plus tard, dans le même esprit, non sans provocations, une réponse a surgi, aussi simple que l’interpellation, imprimée à jamais dans le conglomérat, enfouie sous une couche de béton. Le Québec? … Et alors!


L’Estran de la Pointe
Art nature, Pointe-au Pic (Charlevoix), août 2009

Bélian
Cette installation a été réalisée dans une petite communauté en bordure du St-Laurent, sur un territoire devenu réserve mondiale de la biosphère. L’Estran de la Pointe exprime la communion intime entre la mer, la montagne et sa communauté. Monté à partir d’un filet de pêche, de cordages, de poulies, d’algues et de souches cueillies dans l’estran au pied du village, l’oeuvre fut érigée dans un coteau boisé situé sur les hauteurs du village. Les visiteurs pouvaient circuler à l’intérieur de l’installation par un sentier et se laisser imprégner de l’ondulation des cordages et les effluves du varech.


Élévation
Fresque murale, Pointe-au-Pic (Charlevoix), août 2011

Bélian
La conscience écologique a un réel impact dans la mesure où l’action individuelle rejoint l’ensemble de la communauté. Composée à partir d’objets résiduels et de déchets, Élévation met l’emphase sur la cohérence possible entre la diversité et les matières recyclées. Par le simple geste de cueillir, le souci de récupérer et un soupçon de créativité, la juxtaposition de ces matériaux transforme le contenant d’une poubelle en oeuvre d’art. Même la murale est le fruit d’une oeuvre recyclée. Voilà bien une version élevée et écolo de l’arroseur arrosé!


Ruptance
Sculpture, La Malbaie (Charlevoix), mai 2012

Bélian
Cette sculpture se compose d’un assemblage de deux pièces d’acier provenant d’un lieu commun, mais de deux époques bien distinctes. Au cours des derniers siècles, la construction de goélettes, le transport du bois de pulpe et le cabotage ont marqué profondément l’activité maritime de Charlevoix. Ruptance a été réalisée à partir d’artéfacts en acier façonnés par les ouvriers du fer de la région, l’un provenant du chantier maritime toujours en activité à l’Île-aux-Coudres et l’autre, extrait des vestiges d’un ancien chantier maritime de l’estuaire de la rivière Malbaie situé à quelque 30 Km de l’île. Cette oeuvre témoigne de la rupture des époques et de la persévérance des communautés locales.


On retrouve le détail de ces oeuvres dans la section Notes et réflexions